Ce n'est pas un exploit, mais les Bleus ont réalisé ce que la majorité des Français pensait improbable, se qualifier pour le second tour du Mondial. Comme un symbole, le tant décrié Patrick Veira fut l'auteur du premier but, et d'un match monstrueux, avant d'offrir le second à Thierry Henry. Les Bleus se sont donc offert un sursis, en attendant le huitième de finale face à l'Espagne. Un tout autre calibre que le Togo...
David Trezeguet, qui faisait son entrée en tant que titulaire, se mettait en évidence rapidement en bénéficiant d'un ballon détourné. Il se retournait et frappait en pivot. Henry qui se présentait à sa droite, était peut-être mieux placé...
Remonté, Trezegoal plaçait une tête repoussée par Agassa, sur un centre de Henry. Puis, sur un débordement de Ribéry, il trouvait le chemin des filets, mais l'arbitre signalait un hors-jeu bien douteux au regard des ralentis. Quelques minutes après, Franck Ribéry tirait largement au dessus, puis un nouveau hors-jeu imaginaire venait stopper un appel de Henry, servi côté gauche dans sa position préférentielle. De quoi craindre un contrecoup psychologique pour des Bleus en manque de confiance.
Le premier but ne voulait pas venir. Et Ribéry, pourtant auteur d'un grand match, réalisait une nouvelle transformation après un mouvement Henry-Malouda. Il manquait également de précision sur ses corners, mais vu son activité énorme, on ne pouvait que lui pardonner. La mi-temps s'achevait avec un compteur toujours vierge.
On ne sait pas ce qu'ils se sont dits à la pause, toujours est-il que les Bleus repartaient avec les mêmes intensions sans se laisser gagner par la crispation. Les leaders répondaient présents. Surtout Willy Sagnol, impérial sur son côté, qui épaulait un Lilian Thuram parfois en difficulté, et Vieira, survolté, qui masquait la prestation en demi-teinte de Claude Makelele. Sur une nouvelle percée de Ribéry, qui semblait ne plus vouloir frapper, le grand Pat recevait le ballon dans la surface et, d'un magnifique geste de buteur, frappait en pivot et battait enfin le gardien togolais Agassa qui avait multiplié les arrêts décisifs. Recommencera
Le verrou avait sauté et la France n'allait pas se contenter de ce maigre avantage, pourtant suffisant puisque la Suisse menait face à la Corée du Sud. Vieira jouait en patron, prenant le rôle de relais au milieu de terrain qui incombe habituellement à Zinedine Zidane. Il ne pouvait avoir orchestré le retour de Zizou pour le laisser prendre sa retraite dans les vestiaires, où le numéro 10 des Bleus suivait la rencontre sans doute pour éviter le regard insistant des caméras qui l'auraient fixé durant toute la rencontre.
Profitant d'un décrochage de Trezeguet, qui faute de marquer aida dans le jeu, Vieira déviait un ballon de la tête aux abords de la surface vers Henry qui ajustait Agassa d'un tir croisé imparable. 2-0, le contrat était enfin rempli. Le public en voulait plus mais Domenech avait décidé de ne pas jouer avec le feu et demandait à ses milieux de ne plus se livrer. Pensaient-il déjà à ménager ses troupes pour le prochain match ? Sylvain Wiltord et Sidney Govou rentraient pour amener un peu de fraîcheur et gérer cette fin de match au dénouement heureux. Les joueurs restaient longuement sur le terrain, savourant cette qualification qu'ils n'avaient pas réussi à arracher en 2002.
Certes, il n'y a pas encore de quoi pavoiser, et il faudra sortir le grand jeu, mardi, contre une équipe d'Espagne qui a impressionné plus d'un technicien à l'occasion de ce premier tour. Mais c'est une nouvelle compétition qui débute ce week-end, celle des rencontres à élimination directe. Et la vérité des matchs de poule n'y survit pas toujours. Reste tout de même un casse-tête pour Raymond Domenech, qui laissera sa place à Zidane ?